Que faire près du Meurice : notre guide du quartier

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Il y a quelque chose de particulier dans le fait de séjourner au Meurice. L’hôtel s’ouvre sur la rue de Rivoli, dos aux Tuileries, face à un Paris qui n’a pas tellement changé depuis que Dalí y faisait livrer ses œuvres. L’hôtel devint au XIXe siècle l’adresse privilégiée de nombreux aristocrates espagnols, au point d’être surnommé un temps « l’hôtel des rois d’Espagne ». Séjourner ici, ou simplement passer quelques jours dans ce quartier du 1er arrondissement, pose une question à laquelle les concierges répondent rarement avec suffisamment de précision : qu’est-ce qu’on fait, ici, quand on veut vraiment voir Paris ?

Que faire près du Meurice le matin : les Tuileries

Créé à l’initiative de Catherine de Médicis au XVIe siècle, le jardin des Tuileries fut redessiné par André Le Nôtre au XVIIe siècle avant d’être ouvert au public sous la Révolution. Il commence à quelques pas de la rue de Rivoli — une évidence géographique que beaucoup de visiteurs ignorent, trop occupés à rejoindre le Louvre ou les Champs-Élysées.

Aux premières heures de la matinée, les Tuileries offrent une des expériences parisiennes les plus simples et les plus saisissantes : on y va, on s’y perd légèrement, on regarde les statues de Maillol dans la lumière rasante, on longe le bassin autour duquel flottent encore quelques voiliers miniatures. Et on comprend quelque chose de Paris qui ne s’explique pas vraiment, mais qui se ressent.

À l’extrémité ouest du jardin, le Musée de l’Orangerie permet d’admirer les Nymphéas de Claude Monet dans les célèbres salles ovales imaginées pour les accueillir. Une expérience à part, loin de l’agitation du Louvre.

Tôt le matin, le jardin appartient encore aux joggers, aux vieux messieurs avec leurs journaux, et aux rares voyageurs qui ont compris que les meilleures choses à faire près du Meurice ne commencent pas dans les boutiques.

La Place Vendôme : à cinq minutes à pied

Depuis le Meurice, la Place Vendôme est à cinq minutes à pied par la rue de Castiglione. C’est l’une des promenades les plus élégantes que Paris puisse offrir.

Boucheron, Cartier, Van Cleef & Arpels, Chaumet : les maisons de joaillerie qui bordent l’octogone de Jules Hardouin-Mansart sont des institutions dont l’histoire déborde largement le cadre de la bijouterie. Boucheron s’installa au numéro 26 en 1893 en choisissant l’angle précis qui lui offrait la meilleure lumière naturelle pour examiner les pierres. Ce genre de détail dit tout de ce quartier.

Les boutiques sont ouvertes au public. Entrer pour regarder, sans intention d’achat, est parfaitement admis.

Le Louvre : autrement

Le Louvre est à cinq minutes du Meurice. C’est à la fois une chance et un piège. La chance : l’accès est immédiat, sans traverser la moitié de la ville. Le piège : s’y rendre comme tout le monde, par la pyramide, aux heures les plus fréquentées.

Il existe une autre façon d’aborder le musée. Entrer par le Carrousel du Louvre depuis la rue de Rivoli permet souvent d’éviter les accès les plus fréquentés. Choisir deux ou trois salles plutôt que d’essayer de « faire » le musée. La galerie Apollon, le département des antiquités égyptiennes, les appartements Napoléon III au premier étage du Richelieu : autant d’espaces où l’on peut passer une heure dans un silence relatif, même en haute saison.

La boutique est ouverte au public : entrer pour regarder, sans intention d’achat, est parfaitement admis et constitue une expérience que beaucoup de visiteurs ignorent. Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, l’École des Arts Joailliers, soutenue par Van Cleef & Arpels, propose conférences, expositions et ateliers consacrés à l’histoire de la joaillerie, aux pierres précieuses et aux savoir-faire artisanaux. C’est probablement l’une des expériences les plus originales du quartier.

Le Louvre n’est pas un musée qu’on fait. C’est un musée où l’on revient, chaque fois avec une intention différente.

Déjeuner : trois niveaux d’ambition

Le quartier offre une gamme gastronomique rare, du café de quartier à la table triplement étoilée.

Pour un déjeuner d’exception, Kei, rue du Coq Héron, est probablement l’adresse la plus remarquable du périmètre. Le chef Kei Kobayashi fut le premier chef japonais à obtenir trois étoiles Michelin en France. Sa cuisine est française dans la technique, japonaise dans la précision et l’épure. Réserver plusieurs semaines à l’avance est indispensable.

Pour un petit-déjeuner ou un goûter, le salon de thé Angelina, rue de Rivoli, est une institution dont le chocolat chaud à l’ancienne justifie à lui seul la visite. La salle Belle Époque, les murs crème, les lumières dorées : c’est exactement ce que l’on imagine quand on pense « Paris ».

Pour quelque chose de différent, le Bar Les Ambassadeurs de l’hôtel de Crillon, ouvert sur la place de la Concorde avec sa terrasse sous les arcades, est l’un des plus beaux bars de Paris. On se croirait à Versailles, mais en plus cosy. Les cocktails y sont parmi les plus soignés de la capitale, souvent accompagnés de musique live en soirée. Leur chocolat chaud est à la hauteur du cadre.

Pour dîner ou simplement prendre un verre, le Château Voltaire, à deux pas, est une brasserie élégante à l’atmosphère feutrée, chaleureuse en hiver, intime en toutes saisons. Le genre d’adresse qu’on garde pour soi.

L’après-midi : librairie, galeries et rues de traverse

La rue de Rivoli longe les Tuileries sur toute sa longueur. Au numéro 224, la librairie Galignani mérite une halte. Fondée en 1801, c’est l’une des plus anciennes librairies anglophones d’Europe, avec un fonds de livres d’art, de littérature et de beaux livres qui en font un endroit à part dans Paris. L’atmosphère y est celle d’une librairie d’un autre temps, sans être figée.

Toujours rue de Rivoli, le Musée des Arts Décoratifs est l’un des musées les plus sous-estimés de Paris. Ses collections couvrent plusieurs siècles de création : mobilier, mode, bijoux, affiches, arts graphiques dans des salles dont certaines reconstituent des intérieurs complets d’époque. On peut y passer deux heures sans voir passer le temps.

À l’entrée des Tuileries côté Concorde, le Jeu de Paume propose des expositions temporaires dont la programmation, principalement consacrée à la photographie et à l’image contemporaine, compte parmi les plus reconnues de Paris. Le bâtiment lui-même, ancien terrain de jeu de paume royal, vaut le détour.

La rue Saint-Honoré, qui longe le quartier par le sud, mérite qu’on s’y attarde. Au-delà des grandes maisons de mode qui y ont élu domicile, elle cache quelques galeries d’art contemporain discrètes, des cours intérieures que l’on pousse par curiosité, et des boutiques installées depuis des décennies dans les mêmes murs. La rue Cambon, à deux pas, est celle où Coco Chanel installa son atelier au numéro 31. Les petites rues qui relient la Rivoli à la Saint-Honoré conservent encore quelque chose du Paris d’autrefois.

En fin de journée : le Palais-Royal

À dix minutes à pied du Meurice, le Palais-Royal est l’un des endroits les plus surprenants de Paris pour qui ne le connaît pas. Construit au XVIIe siècle par Richelieu, il abrite aujourd’hui ses jardins dans une enceinte fermée de galeries à arcades qui coupent du bruit de la ville de façon presque surnaturelle.

Sous les arcades, quelques boutiques et galeries confidentielles, dont certaines existent depuis des décennies. Le jardin lui-même, avec ses rangées de tilleuls taillés et ses fontaines, est un des rares espaces verts du centre de Paris où l’on peut s’asseoir sans être submergé de touristes.

C’est là aussi que se trouve le Grand Véfour, l’un des restaurants les plus anciens de Paris. La salle date du XVIIIe siècle, et les noms de ses habitués célèbres — Victor Hugo, Colette, Jean Cocteau — font partie de l’histoire du lieu. La cuisine contemporaine dialogue avec un décor classé parmi les plus remarquables de Paris.

Le soir près du Meurice : le bar Hemingway

Pour finir une soirée dans ce quartier, le bar Hemingway du Ritz, place Vendôme, s’impose. L’écrivain y avait sa table attitrée après la Libération de Paris en 1944, et la légende veut qu’il soit entré dans l’hôtel avant même que les Allemands ne l’aient quitté pour « libérer le bar ». Vraie ou fausse, l’histoire dit quelque chose du lieu.

Le bar est petit, intime, tapissé de photos et de souvenirs de l’époque. Figure historique du bar, Colin Peter Field y a longtemps été associé. Les cocktails sont précis, le service sans ostentation. C’est l’endroit idéal pour finir une journée dans ce quartier, sans avoir besoin d’aller chercher plus loin.

Découvrir tout cela à vélo

Pour relier ces lieux sans perdre le fil de la visite, il existe une manière particulièrement agréable de parcourir le quartier. Depuis la Place Vendôme, Paris à Bicyclette propose des balades privées en vélo électrique jusqu’à six personnes. Les quais de Seine, le Palais-Royal, Saint-Germain-des-Prés : autant de séquences que l’on traverse autrement à vélo qu’à pied, à la bonne vitesse, avec un guide qui connaît les heures et les angles. Pas de groupe, pas de programme figé. Une expérience taillée sur mesure, au rythme qui est le vôtre.

Une dernière chose

Les meilleures choses à faire près du Meurice ne sont pas toutes répertoriées. Certaines se trouvent en tournant dans une rue sans raison particulière, en acceptant d’être légèrement désorienté, en résistant à l’envie de consulter son téléphone toutes les trois minutes.

Paris, dans ce quartier plus qu’ailleurs, récompense ceux qui ralentissent. Le Meurice n’est alors plus seulement un hôtel : il devient un point de départ.